Auteur : Sire David

  • Application de Commentaires Pédagogiques Personnalisés

    Application de Commentaires Pédagogiques Personnalisés

    Le problème que nous connaissons tous

    Nous avons tous besoin de personnaliser nos commentaires pour les élèves. La plupart du temps, on reprend des blocs de commentaires sur des bulletins existants, et en sélectionnant plusieurs blocs, on personnalise ainsi le commentaire pour l’élève cible.

    Le souci ? C’est chronophage, répétitif, et on perd du temps à chercher nos meilleures formulations dans d’anciens bulletins.


    ✨La solution : Une bibliothèque de blocs de commentaires

    Cette application vous permet de :

    • Préparer et stocker vos blocs de commentaires réutilisables
    • Composer rapidement un commentaire personnalisé en assemblant vos blocs
    • Personnaliser automatiquement avec des variables (prénom, genre, niveau)

    🚀Comment ça fonctionne ?

    1️- Créez votre bibliothèque de blocs

    • Rédigez vos blocs de commentaires types (comportement, travail, progrès, points à améliorer…)
    • Organisez-les avec des étiquettes (tags) pour les retrouver facilement
    • Utilisez des variables {prenom}, {genre}, {niveau} pour la personnalisation automatique

    2️- Composez votre commentaire

    • Ouvrez le panneau « Commentaires »
    • Parcourez vos blocs ou utilisez la recherche par étiquette
    • Cliquez sur 📋 pour insérer chaque bloc à la suite dans votre commentaire

    3️- Personnalisez en un clic

    • Si votre bloc contient des variables, une fenêtre s’ouvre automatiquement
    • Renseignez le prénom, le genre, le niveau de l’élève
    • Le bloc s’insère avec les bonnes informations !

    4- Formatez et finalisez

    • Ajustez la mise en forme (gras, italique, police, taille)
    • Copiez-collez dans votre logiciel de bulletins
    • Gagnez un temps précieux ! ⏱️

    🎥 Découvrez l’application en action (3 min)

    http://u.pc.cd/rNJrtalK


    💡 Fonctionnalités

    • Aperçu avant insertion – Visualisez votre bloc avant de l’ajouter
    • Duplication – Créez des variantes de vos blocs facilement
    • Import/Export – Sauvegarder vos bibliothèques
    • Recherche instantanée – Trouvez le bon bloc en quelques secondes
    • Mode hors-ligne – Tout fonctionne localement, vos données restent privées
    • Mode sombre – Pour le confort visuel 🌙

    🎓Exemple concret

    Bloc enregistré :

    « {prenom} montre une excellente participation en classe de {niveau}. {genre} a fait des progrès remarquables ce trimestre. »

    Après personnalisation :

    « Emma montre une excellente participation en classe de CM2. Elle a fait des progrès remarquables ce trimestre. »


    📦Installation

    L’application sera disponible sous forme d’un fichier installable pour Windows. Simple, rapide, aucune configuration nécessaire.

    Version 1.0.0 pour Windows 📥 Télécharger l’application

    💾 Taille : ~10 MB | 🖥️ Windows 10/11 (64-bit)


  • Un prompt qui réorganise vos idées sur un élève

    Un prompt qui réorganise vos idées sur un élève

    Pourquoi cet outil ?

    Préparer un entretien avec des parents, un conseil de cycle ou une ESS demande du temps et de la réflexion. Souvent, nos observations sur un élève sont nombreuses, mais éparpillées, parfois formulées négativement sous le coup de la fatigue ou de la frustration. Cet outil vous permet de gagner du temps en structurant rapidement vos pensées brutes en un compte rendu clair et équilibré.

    Mode d’emploi en 3 étapes

    1. Écrivez tout ce qui vous passe par la tête sur un élève : des éléments positifs et négatifs, des anecdotes, des réactions, ses relations avec les autres. Ne vous souciez pas de l’orthographe ou de la syntaxe, laissez vos idées s’exprimer librement.

    2. Copiez votre texte brut (même contenant des fautes ou des erreurs de syntaxe) dans le prompt suivant – juste après « Texte à analyser ».

    3. Copiez l’ensemble et collez-le dans une IA générative (Claude IA, ChatGPT, etc.).

    ⚠️ Important : Pensez à anonymiser les données de l’élève (ne mentionnez pas son nom) avant de coller le texte dans l’IA, par respect de la confidentialité.

    Ce que fait l’IA pour vous

    L’IA se charge alors de restructurer votre texte brut en 3 parties :

    Points d’appui / Réussites

    Points de vigilance / Difficultés

    Pistes d’évolution / Axes de travail

    Ce qui vous permet ensuite de pouvoir discuter de l’élève lors d’un rendez-vous ou lors des conseils de cycle ou encore pour les ESS ou équipes éducatives.

    Ce document peut également vous servir de base pour écrire un commentaire ou une appréciation sur l’élève.


    Le prompt

    Voici le prompt complet à copier-coller dans votre IA :


    Contexte :
    L’objectif est d’aider un enseignant à reformuler un texte brut de préparation à une rencontre avec les parents d’élèves. Ce texte contient principalement des constats, souvent formulés de manière négative, et doit être organisé de façon claire et constructive. L’enseignant souhaite identifier les points d’appui et les axes d’amélioration observés chez un élève, tout en pouvant évoquer ses interrogations sur l’orientation. Le texte produit servira de support oral, non destiné à être lu mot pour mot.

    Audience :
    Ce prompt s’adresse à une intelligence artificielle experte en pédagogie et en communication éducative, capable d’aider un enseignant à structurer ses notes de manière claire, équilibrée et professionnelle pour un entretien avec des parents d’élèves.

    Rôle :
    Tu es un expert en pédagogie et en formulation de retours constructifs à destination des familles. Tu aides à transformer un texte brut d’observations en un compte rendu organisé et exploitable, respectant une posture professionnelle et bienveillante.

    Texte à analyser :

    [Insérez ici votre texte brut sur l’élève]

    Tâche :

    1. Analyser le texte brut fourni par l’enseignant pour en extraire les constats principaux.
    2. Identifier les points positifs (appuis) et les points à améliorer.
    3. Réorganiser ces éléments dans une structure lisible et équilibrée :
      • Points d’appui / réussites
      • Points de vigilance / difficultés
      • Pistes d’évolution / axes de travail
    4. Maintenir un ton neutre et professionnel, sans jugement, en reformulant les constats de manière factuelle.
    5. Conserver les nuances utiles pour la discussion (doutes, hypothèses, observations).
    6. Corriger les erreurs orthographiques et syntaxiques. L’utilisateur a volontairement laissé le texte brut pour ne pas interrompre le flux de ses réflexions.

    Exemple :
    Texte brut fourni :
    « Ne se met jamais au travail seul. Bavarde beaucoup. Pourtant, très à l’aise à l’oral et curieux quand le sujet l’intéresse. »

    Texte réorganisé :

    • Points d’appui : Bonne aisance à l’oral et curiosité marquée lorsqu’il est motivé.
    • Points de vigilance : Difficulté à se mettre au travail en autonomie, besoin d’encadrement régulier.
    • Axe de travail : Renforcer l’autonomie et la régulation de la parole pour mieux canaliser son énergie.

    Livrable :
    Le résultat attendu est un texte structuré selon les trois volets (appuis, vigilance, axes de travail), fidèle aux constats initiaux, formulé dans un langage clair et bienveillant. Il doit être prêt à être utilisé comme support oral lors d’un entretien avec les parents, sans nécessiter d’adaptation supplémentaire.


    Pour aller plus loin

    Ce prompt peut être adapté selon vos besoins :

    • Pour rédiger des bulletins scolaires
    • Pour structurer des observations lors de conseils de maîtres

    N’hésitez pas à le personnaliser et à le partager avec vos collègues !

  • Visualiser les nombres décimaux

    Visualiser les nombres décimaux

    Voici une application que j’ai développée pour accompagner l’apprentissage des fractions décimales vers l’écriture décimale en CM2.

    Le principe

    L’application permet de représenter visuellement les nombres décimaux jusqu’aux millièmes. Chaque carré représente exactement 1 unité, divisée en une grille de 10×10 qui donne ainsi 100 centièmes.

    Les manipulations possibles

    • Colorier des centièmes pour visualiser les fractions sur 100
    • Regrouper 10 centièmes consécutifs (ligne ou colonne) en 1 dixième
    • Subdiviser un centième en 10 millièmes pour aller plus loin dans la précision
    • Remplir un carré entier qui devient automatiquement 1 unité complète
    • Ajouter jusqu’à 3 carrés pour représenter des nombres au-delà de 1

    Utilisation en classe

    Conçue pour une manipulation collective par l’enseignant au vidéoprojecteur. L’enseignant choisit un nombre dans sa tête (2,5 ou 1,095 ou 0,732) puis il complète les différentes parties : carrés (unités), dixièmes, centièmes, millièmes. Les élèves doivent sur l’ardoise indiquer le nombre représenté dans plusieurs écritures différentes (au minimum 3) ex : 2,5 ou 25/10 ou 2+5/10 ou 250/100 etc. Puis les élèves comparent entre eux en binômes. Après une petite discussion, sur simple clic, la réponse apparaît (réponse que l’on peut faire apparaître ou masquer au besoin).

    Quelques astuces techniques

    Pour transformer une case en millièmes, il faut cliquer droit sur la case puis on peut la subdiviser avec le bouton « Diviser en millièmes ». (On peut prendre plusieurs cases en même temps.) Pour zoomer, il suffit de faire CTRL+, cela va zoomer la fenêtre pour mieux voir les millièmes.

    Pour créer des dixièmes, il faut sélectionner 10 centièmes puis cliquer sur « Regrouper ».

    Choix pédagogiques

    J’ai laissé délibérément l’écriture en ligne pour les décompositions : 2 + 5/100 afin de montrer pourquoi l’écriture décimale a été inventée (car les fractions décimales n’étaient pas simples à écrire et encore difficiles pour l’imprimerie). De même, les choix des écritures faits par l’application sont parfois discutables, « l’ordinateur » ne fait pas toujours les meilleurs choix ce qui amène une discussion avec la classe collectivement.

    Cela peut être utilisé aussi individuellement : un élève choisit un nombre de 0 à 3 sur son ardoise. Puis il colorie dans l’application les parties correspondant à son nombre. Ensuite il peut s’autocorriger par le bouton « Écriture ».

    L’affichage

    Sur simple clic (bouton « Écriture »), l’application calcule et affiche simultanément :

    • La fraction décimale (ex : 2062/1000)
    • L’écriture décimale (ex : 2,062)
    • La décomposition (ex : 2 + 6/100 + 2/1000)

    L’application fonctionne 100% hors-ligne et ne nécessite aucune installation : un simple navigateur suffit !

    [Lien vers l’application]

    https://flam07.github.io/Visualisation-Decimaux/

    N’hésitez pas à tester et à me faire vos retours !

    NB : Après l’avoir utilisée en classe ces derniers jours, j’ai constaté que cette application pouvait aussi servir de support pour aborder les additions et soustractions décimales. Par exemple, on demande aux élèves d’additionner : 1,45 et 0,325. Les élèves cherchent le résultat en binômes. Lors de la correction collective, on manipule les carrés pour visualiser la somme ou la différence, puis on vérifie avec le bouton « Écriture ». Si les résultats diffèrent, cela amène les élèves à reconsidérer leur procédure (alignement des unités, dixièmes, centièmes, etc.). Une façon concrète de lier numération et calcul, sans que ce soit son objectif initial.

    NB2 : On peut aussi utiliser l’application avec un téléphone (en orientation paysage) ou une tablette pour aider ponctuellement un élève ou entre deux élèves pour qu’ils puissent réfléchir ensemble.

  • L’orthographe pour comprendre

    L’orthographe pour comprendre

    Désambiguïser le sens et entrer dans la « courtoisie du lecteur »

    « Quel que soit l’accent ou la langue de départ, l’écrit, lui, ne change pas. »

    La première séance avait pour objectif de faire comprendre aux élèves pourquoi l’orthographe existe. En passant par l’histoire de la langue et l’étude du Serment de Strasbourg, les élèves ont découvert que l’orthographe n’est ni naturelle ni arbitraire, mais une construction historique destinée à permettre la communication écrite.➡️ Lire la séance 1

    La seconde séance s’inscrit dans la continuité directe de ce travail. Une fois l’orthographe identifiée comme un code partagé, il devient possible d’en interroger les fonctions précises :

    • Comment l’orthographe permet-elle de comprendre sans ambiguïté ?
    • Pourquoi l’écrit reste-t-il stable malgré les variations de prononciation ?
    • En quoi écrire « correctement » est-il une forme d’attention portée au lecteur ?

    Cette séance vise donc à faire franchir un nouveau seuil de compréhension : l’orthographe comme outil de désambiguïsation et de relation à l’autre.


    Orthographe et oral : quand la prononciation brouille le message

    La séance débute par une dictée volontairement déroutante, dont la logique n’est révélée qu’a posteriori.

    L’enseignant annonce simplement aux élèves qu’ils vont devoir écrire quatre phrases dictées, sans préciser qu’il s’agit à chaque fois de la même phrase.

    👉Point d’attention didactique essentiel

    Il ne faut surtout pas commencer par le français, au risque de donner immédiatement la réponse.

    Déroulement précis

    L’enseignant dicte successivement la même phrase, mais en utilisant quatre langues/accents différents, dans l’ordre suivant :

    1. Anglais
    2. Allemand
    3. Italien
    4. Français (en dernier)

    La phrase utilisée est :

    « Je te dis de venir me donner ton cahier. »

    Pour garantir la fidélité des accents et sécuriser la mise en œuvre, il est vivement conseillé d’utiliser Google Traduction (translate.google.fr), en copiant-collant la phrase et en faisant écouter la lecture automatique dans les langues choisies. Cet outil permet :

    • Une prononciation stable
    • Un accent clairement marqué
    • Une reproductibilité facile de la séance

    Les élèves écrivent donc quatre productions différentes, correspondant à ce qu’ils entendent, sans savoir qu’il s’agit du même message.


    Mise en commun et comparaison

    Les élèves comparent ensuite leurs écrits par binômes, puis lors d’une mise en commun collective au tableau. Très rapidement, plusieurs constats émergent :

    • Les phrases écrites sont différentes
    • Certaines graphies sont fortement phonétiques
    • Les élèves ont écrit ce qu’ils ont entendu, et non ce qui « devrait s’écrire »

    C’est seulement après cette phase de comparaison que l’enseignant révèle que :

    Les quatre dictées correspondent exactement à la même phrase.

    Ce moment produit un effet de surprise particulièrement fécond. Les élèves prennent conscience que :

    • La prononciation varie
    • Mais que le message, lui, reste identique

    L’écrit comme invariant : stabiliser le sens

    Ce premier temps permet d’installer une notion centrale : l’orthographe garantit la stabilité du message, indépendamment de la prononciation.

    L’enseignant peut alors faire explicitement le lien avec la séance 1 :

    • Au IXᵉ siècle, le code n’était pas stabilisé.
    • Aujourd’hui, l’orthographe joue ce rôle de stabilisation.

    La question revient naturellement :

    Qui a choisi ce code ? Et pourquoi ?

    Sans entrer encore dans l’histoire normative de la langue, on peut amener les élèves à comprendre que l’orthographe est une convention collective, destinée à être comprise par tous.


    Le rôle du contexte : quand les mots seuls ne suffisent pas

    La séance se poursuit avec l’écriture de mots isolés :

    désespoir – désarme – déménage – désillusions

    Les élèves constatent rapidement que les mots, pris seuls, ne suffisent pas à construire du sens. Ils peuvent être interprétés de différentes manières, selon le contexte.

    Pour approfondir cette idée, l’enseignant propose ensuite un extrait du sketch de Raymond Devos :

    Je vais prendre mon billet de train, je demande à l’employé :

    – Caen, c’est pour quelle heure ?
    – Pour où ?
    – Pour Caen !
    – Comment puis-je dire quand si je ne sais pas où ?
    – Comment ? vous ne savez pas où est Caen ?
    – Prenez le car.
    – Il part quand ?
    – Il part au quart.

    Le travail se fait d’abord individuellement, puis en groupes de 2, puis de 4. Les élèves discutent, débattent, cherchent à comprendre le quiproquo. Peu à peu, ils découvrent que :

    • Un même mot peut avoir plusieurs sens
    • Seule l’orthographe permet parfois de lever l’ambiguïté

    Lorsque la vidéo est visionnée ensuite, l’effet est double : un moment de plaisir partagé (avec souvent des éclats de rire !), et une compréhension plus fine de l’humour fondée sur la langue écrite.

    L’enseignant peut alors poser la question-clé :

    Sans l’orthographe, aurait-on compris ce sketch ?

    🎥 Vous pouvez retrouver le sketch ici : Raymond Devos – Le Quart d’heure de culture


    L’orthographe grammaticale : écrire pour ne pas être ambigu

    La dernière partie de la séance propose un réinvestissement corporel et collectif.

    Deux phrases sont distribuées, une par groupe, sans que les élèves sachent qu’il existe une variante :

    • A : Les enfants, la maîtresse mange du chewing-gum.
    • B : Les enfants, la maîtresse mangent du chewing-gum.

    Chaque groupe doit mimer la phrase reçue.

    Après chaque passage, les observateurs doivent expliquer ce qu’ils ont compris. La confrontation est immédiate :

    Les mimes ne sont pas les mêmes.

    L’enseignant révèle alors les phrases écrites. Deux lettres changent, et pourtant le sens bascule. Ce moment est crucial pour aborder l’orthographe grammaticale non comme une règle abstraite, mais comme un outil de précision du sens.

    C’est ici que le vocabulaire grammatical peut être institutionnalisé :

    • Sujet
    • Groupe nominal sujet
    • Relation sujet / verbe

    Un point didactique essentiel est alors posé :

    Une fonction grammaticale n’existe jamais seule : elle est toujours en relation.

    Relier systématiquement le sujet et le verbe devient alors un geste de sens, non un automatisme vide.


    Orthographe et courtoisie du lecteur

    La séance se conclut par un retour réflexif :

    À quoi sert l’orthographe, finalement ?

    Les élèves sont désormais en mesure de formuler une réponse plus élaborée :

    • Pour être compris
    • Pour éviter les malentendus
    • Pour faciliter la lecture

    C’est à ce moment que l’enseignant peut introduire l’idée développée par Éveline Charmeux :

    L’orthographe comme courtoisie.

    Écrire correctement, ce n’est pas « faire plaisir au maître », c’est :

    • Respecter son lecteur
    • Lui éviter un effort inutile
    • Lui permettre d’accéder rapidement au sens

    De la règle à la relation

    Cette seconde séance prolonge et approfondit la première. Après avoir compris que l’orthographe est un code historiquement construit, les élèves découvrent ce que ce code permet concrètement : stabiliser, préciser, désambiguïser.

    L’orthographe cesse alors d’être perçue comme une accumulation de règles à mémoriser. Elle devient un outil de relation, un moyen d’entrer en lien avec un lecteur absent.

    Quel que soit l’accent ou la langue de départ, l’écrit, lui, ne change pas. L’orthographe ne sert pas à « faire joli », elle sert à être compris au-delà de la voix, de l’accent et de la situation d’énonciation.

    C’est dans cette continuité – du sens vers la règle, du besoin vers la norme – que peuvent ensuite s’inscrire les apprentissages plus techniques, sans perdre leur raison d’être.


    Et vous, dans votre classe ?

    Avez-vous déjà exploré les jeux d’homophones avec vos élèves ? Utilisez-vous des sketches ou des supports ludiques pour travailler l’orthographe ?

    N’hésitez pas à partager vos expériences en commentaire. Ces deux séances forment un ensemble cohérent pour installer le sens de l’orthographe avant d’aborder les règles. À vous de jouer !


    Pour aller plus loin :

    • Charmeux, É. (2013). Enseigner l’orthographe autrement : Sortir des idées reçues – Comprendre comment ça marche – Chronique Social
    • Sketch de Raymond Devos : Le Quart d’heure de culture
    • Google Traduction (pour les dictées en plusieurs langues) : translate.google.fr

    📚 Quelques repères historiques

    Le code orthographique a mis du temps à se fixer.

    En août 1539, François Ier édicte l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui remplace le latin par le français comme langue officielle pour les documents juridiques et administratifs. Cette décision favorise l’homogénéisation de l’écriture.

    Dès 1539, Robert Estienne, imprimeur royal, publie son Dictionnaire françois-latin, fixant l’orthographe de nombreux mots en se basant sur l’étymologie latine — un choix qui explique aujourd’hui une partie de la complexité de notre langue.

    Au XIXᵉ siècle, l’écriture devient un enjeu d’enseignement. L’ Académie française, créée en 1634, propose en 1835 dans la sixième édition de son Dictionnaire l’orthographe -ais pour les mots terminés jusqu’alors en -ois : le françois devient le français. C’est l’école républicaine (lois Ferry, 1882) qui imposera l’enseignement uniforme de cette orthographe normée à tous les élèves.

  • Et si l’orthographe n’avait pas toujours existé ?

    Et si l’orthographe n’avait pas toujours existé ?

    Déconstruire les représentations par l’enquête historique

    « Maîtresse, l’orthographe, ça sert à ne pas faire de fautes. »

    Cette phrase, vous l’avez entendue cent fois. Elle révèle une représentation tenace : l’orthographe comme objet scolaire normatif, détaché de toute nécessité communicationnelle. Pour beaucoup d’élèves, bien écrire, c’est simplement « éviter la faute ». Pas étonnant, alors, qu’ils peinent à donner du sens à cet apprentissage.

    Et si, avant d’enseigner des règles, on leur faisait découvrir pourquoi ces règles existent ?


    Partir des représentations : rendre visible l’impensé

    La séance commence par trois questions volontairement larges :

    1. À quoi sert l’orthographe ?
    2. Qui s’en sert ?
    3. Existe-t-elle seulement à l’écrit, ou aussi à l’oral ?

    Les élèves répondent d’abord seuls, puis confrontent leurs idées en binômes, avant une mise en commun collective. Les réponses fusent : « Pour écrire des mots », « Pour les dictées », « Tout le monde s’en sert », « Il y a de l’orthographe quand on parle ».

    Cette phase est essentielle. Comme le rappelle Éveline Charmeux, spécialiste reconnue de l’enseignement du français, nos élèves construisent leurs apprentissages à partir de leurs représentations initiales. Si on ne les fait pas émerger, elles restent des obstacles invisibles. Ici, l’enseignant adopte une posture de relance, pas de validation. On installe un premier déplacement : l’orthographe devient un objet de questionnement, non une évidence.


    Provoquer le doute : et si elle n’avait pas toujours existé ?

    Vient alors le moment de déstabiliser gentiment les certitudes. Deux nouvelles questions surgissent :

    • Qui a inventé l’orthographe ?
    • Quand est-elle apparue ?

    Un flottement s’installe. Peu d’élèves envisagent que la langue ait pu exister sans règles stabilisées. C’est précisément ce doute qui ouvre la porte à la suite.

    L’enseignant lance alors un défi : « Voici un texte que vous allez devoir traduire. Que peut-il bien cacher ? Est-il facile à comprendre ? »


    Le texte-support : le Serment de Strasbourg (842)

    Le texte est donné tel quel aux élèves :

    Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun saluament, d’ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si saluarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra saluar dift, in o quid il mi altre si fazet. Et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon fradre Karle in damno sit.

    L’enseignant précise simplement : « Et pourtant… c’est du français. »

    Les élèves font l’expérience directe de la difficulté : ils reconnaissent certains mots (Deus, fradre, Karlo), mais peinent à reconstruire le sens global. C’est exactement ce que vivent des lecteurs face à un texte sans code partagé.


    Chercher avant de comprendre : une enquête guidée

    Les élèves travaillent d’abord seuls, puis en groupes de 3 ou 4. L’enseignant distribue progressivement des indices :

    Indice 1 : Aides lexicales partielles


    Chaque groupe reçoit un document avec quelques équivalences :


    Deo/ Deus : Dieu      saluament : salut (être sauvé)     ist di : aujourd’hui     podir : pouvoir      dunat : donnera    si : je      saluarai :  sauverai    fradre : frère     Karlo : Charles   cadhuna : toutes  dreit : défendre  quid : pareil, égal        fazet : fasse   Ludher : Luther  plaid : pacte   unquam : aucun  nul : jamais     damno : nuise

    Ces aides ne visent pas à garantir la réussite de la traduction — certains groupes n’y parviendront d’ailleurs pas complètement. Elles servent à maintenir l’engagement dans la recherche et à faire vivre collectivement une expérience : celle de se heurter à un texte dont on ne possède pas le code. C’est précisément cette difficulté qui porte le sens de la séance.

    Indice 2 : Un frère écrit à son frère.
    Indice 3 : Ce sont des personnages connus.

    À ce stade, les hypothèses fusent. L’enseignant relance, questionne, mais ne valide pas encore. C’est la coopération entre élèves qui fait avancer la compréhension.


    Mise en commun : faire émerger le sens collectivement

    Lorsque la recherche s’essouffle, l’enseignant invite les élèves à proposer une traduction collective, construite progressivement au tableau :

    « Pour l’amour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et notre salut commun, aujourd’hui, autant que Dieu m’en donnera le savoir et le pouvoir, je défendrai mon frère Charles et l’aiderai en toute circonstance, comme on doit défendre son frère, pourvu qu’il en fasse autant à mon égard. Et jamais je ne prendrai avec Lothaire aucun arrangement qui puisse être nuisible à mon frère Charles. »

    Les élèves comprennent alors qu’il s’agit d’un serment, une parole engageante que l’on souhaite rendre durable.


    L’apport du contexte historique : la carte du traité de Verdun

    C’est seulement après ce travail de compréhension que l’enseignant apporte le contexte. Il présente la carte du traité de Verdun (843) et précise un élément clé :

    • Le texte étudié date de 842.
    • La carte date de 843.

    Cette dissociation chronologique est capitale. Les élèves comprennent que le serment précède le partage officiel de l’empire. L’écriture sert ici à préparer, garantir et fixer une alliance politique.

    La question surgit alors naturellement : Pourquoi écrire ce serment ?

    Les élèves identifient plusieurs fonctions de l’écrit :

    • Garder trace
    • Communiquer à distance
    • S’assurer que le message reste identique pour tous

    Institutionnalisation : l’orthographe comme code partagé

    On peut alors revenir aux questions initiales :

    • Pourquoi est-il difficile de lire ce texte aujourd’hui ?
    • Pourquoi fonctionnait-il pour ses contemporains ?

    Les élèves formulent l’idée essentielle : Il n’existait pas encore de code orthographique stabilisé.

    L’orthographe apparaît alors comme :

    • Un choix collectif
    • Un outil de clarification
    • Une condition pour être compris par des personnes absentes

    L’enseignant peut conclure avec les élèves : Dès que l’on écrit pour communiquer avec quelqu’un d’autre, on a besoin d’un code commun.

    Comme le souligne Éveline Charmeux, l’orthographe relève d’une forme de « courtoisie » envers le lecteur : faciliter sa lecture, lui rendre le texte accessible. Ce n’est pas une norme punitive, mais un contrat social. Un contrat qui, longtemps, a été réservé à une élite. Savoir lire et écrire selon les normes, c’était détenir un pouvoir : comprendre les textes officiels, rédiger des contrats, accéder aux savoirs. Ne pas maîtriser le code, c’était dépendre des autres pour comprendre, pour s’exprimer, pour agir. En découvrant que l’orthographe est un code historiquement construit, les élèves comprennent aussi pourquoi son apprentissage à l’école est un enjeu d’autonomie et de pouvoir d’agir.


    Installer le sens avant les règles

    Cette séance ne cherche pas à enseigner l’orthographe, mais à créer les conditions pour que son apprentissage devienne nécessaire, légitime et émancipateur. En passant par l’histoire, l’enquête et le débat, les élèves découvrent que l’orthographe n’est ni naturelle ni punitive, mais un code historiquement construit. Comprendre cela, c’est aussi saisir pourquoi son apprentissage à l’école est un enjeu d’autonomie.

    Ce déplacement est décisif. Il prépare les séances ultérieures sur les accords, les marques grammaticales et la précision du sens.

    Avant d’apprendre des règles, les élèves comprennent pourquoi il y a des règles.


    Et vous, dans votre classe ?

    Avez-vous déjà tenté de déconstruire les représentations de vos élèves sur l’orthographe ? Utilisez-vous d’autres supports historiques pour donner du sens aux apprentissages ?

    N’hésitez pas à partager vos expériences en commentaire. Un prochain article présentera la séance complémentaire : après avoir compris que l’orthographe est un code partagé pour être compris d’autrui, les élèves découvriront qu’elle sert aussi à comprendre sans équivoque. Pourquoi écrit-on « où » et « ou » différemment ? Pourquoi l’accord sujet-verbe n’est-il pas qu’une règle arbitraire ? Cette exploration montrera comment l’orthographe lève les ambiguïtés – accents, contexte, marques grammaticales – et prolongera naturellement le déplacement amorcé ici.


    Pour aller plus loin :

    • Charmeux, É. (2013). Enseigner l’orthographe autrement : Sortir des idées reçues – Comprendre comment ça marche – Chronique Social-
    • Le Serment de Strasbourg (842) : Lien vers le texte complet

  • Kaïros et Mètis : quand saisir le bon moment transforme nos pratiques coopératives

    Kaïros et Mètis : quand saisir le bon moment transforme nos pratiques coopératives

    Vendredi dernier, travail de groupe en mathématiques. Théo impose sa réponse, Léa acquiesce sans conviction, Nathan décroche. Vous connaissez ? Nous organisons la coopération, mais ce qui devrait en être le cœur – le conflit sociocognitif, cette confrontation de points de vue qui fait vraiment apprendre – ne se déclenche pas automatiquement.

    Et c’est bien là toute la question : le conflit sociocognitif, c’est la confrontation de points de vue entre individus différents. Ces désaccords verbalisés sont de véritables leviers pour amener les élèves à remettre en cause ce à quoi ils croyaient jusque-là, mais surtout pour penser autrement : avec plus de nuances, avec discernement, de manière à développer aussi leur esprit critique.

    Seulement voilà : il ne suffit pas de mettre des élèves ensemble pour que ce conflit opère. Voilà pourquoi les concepts de Mètis et Kaïros peuvent nous amener à reconsidérer ou à optimiser les échanges entre nos élèves. Voyons ce que peut nous apporter Nicole Mencacci dans son document « Penser l’éducation n°35 » publié en 2014.1

    Trois manières de guider : trouver le juste équilibre

    Face à un groupe d’élèves en train de chercher, nous avons essentiellement trois postures possibles. Mencacci les décrit comme trois niveaux de guidage, chacun avec ses forces et ses limites.

    Le guidage faible : l’enseignant se retire, laisse les élèves interagir et joue le rôle de « catalyseur » par sa seule présence. Cette approche s’inspire des recherches en psychologie sociale sur le conflit sociocognitif. Le problème ? Dans nos classes réelles, des rapports de domination s’installent rapidement. Un élève impose son point de vue, un autre se soumet par complaisance, certains décrochent. Le désaccord ne débouche pas automatiquement sur une construction collective des savoirs. Les recherches de Céline Buchs l’ont bien montré : la non-coopération, la compétition, les positions défensives grèvent les apprentissages.

    Le guidage maximal : à l’opposé, l’enseignant donne la réponse, impose un cheminement pas à pas. Les élèves exécutent sans vraiment comprendre la logique sous-jacente. Ils obtiennent peut-être la bonne réponse, mais leur compréhension reste superficielle.

    Le guidage moyen : l’enseignant structure un cadre tout en laissant les élèves explorer et réinventer les réponses. Il crée les conditions pour que le conflit sociocognitif émerge, puis intervient au bon moment, de la bonne manière. C’est cette troisième voie que Mencacci propose d’explorer à travers les concepts de kaïros et de mètis.

    Le guidage moyen n’est pas un « juste milieu » passif entre les deux extrêmes. C’est une posture active qui nécessite deux compétences professionnelles entrelacées : savoir quand agir (kaïros) et savoir comment le faire (mètis).

    Kaïros et Mètis : un système d’action en deux temps

    Ces deux concepts issus de la philosophie grecque forment ensemble un système d’intelligence pratique particulièrement pertinent pour nos pratiques coopératives.

    Kaïros : l’intelligence du moment opportun

    Le kaïros, c’est cette capacité à repérer les signaux qui indiquent qu’il est temps d’intervenir – ou au contraire de se retirer. Pensez à ces moments où vous circulez pendant un travail de groupe. Vous captez un regard perplexe, une hésitation dans la voix, un silence qui s’installe… Ces micro-signaux vous renseignent sur l’état d’avancement de la réflexion.

    Intervenir trop tôt ? Vous court-circuitez la réflexion. Trop tard ? Le groupe s’enlise ou abandonne. Cette vigilance sensorielle s’aiguise avec l’expérience. Nous développons progressivement un répertoire de signaux qui nous permettent d’anticiper : « Là, ils sont prêts pour que j’intervienne » ou « Non, il faut les laisser chercher encore un peu ».

    Le kaïros, c’est aussi cette autonomie dans l’agir : prendre une succession de micro-décisions dans l’instant, sans s’enfermer dans un plan rigide préétabli.

    Mètis : l’intelligence rusée au service des apprentissages

    Si le kaïros nous dit quand agir, la mètis nous indique comment le faire. Cette intelligence rusée, issue elle aussi de la pensée grecque, désigne cette capacité à surmonter les obstacles sans recourir à la force ou à l’autorité brutale.

    Mencacci identifie ce qu’elle appelle les « tours habiles » de l’enseignant. Pas des manipulations, mais des stratégies ingénieuses qui transforment les obstacles en opportunités d’apprentissage. En voici trois particulièrement efficaces :

    1. La polymorphie : adapter son rôle à la situation

    Plutôt que de rester dans une posture unique, vous adaptez votre rôle selon les besoins. Pendant un débat, vous pouvez tour à tour être le « naïf » qui fait semblant de ne pas comprendre pour forcer les élèves à expliciter leur raisonnement, le contradicteur bienveillant qui teste la solidité d’un argument, ou le synthétiseur qui reformule sans imposer.

    Exemple : En classe de CM2, lors d’un débat sur les fractions, plutôt que d’intervenir comme expert, jouez l’élève perplexe : « Attendez, vous me dites que 1/2 est plus grand que 1/3… mais 3 c’est plus grand que 2, non ? » Vous verrez les élèves se précipiter pour vous expliquer, révélant ainsi la profondeur (ou les failles) de leur compréhension.

    2. La création de surprises : provoquer le déséquilibre cognitif

    Introduire un élément inattendu crée un déséquilibre cognitif qui ancre les apprentissages et pousse les élèves à remettre en question leurs certitudes. En sciences, commencer par une expérience contre-intuitive. En mathématiques, valoriser une erreur particulièrement intéressante. La surprise transforme la mise en commun en événement intellectuel plutôt qu’en simple correction.

    Dans votre classe : Présentez une « boîte à mystères » contenant un objet lié au thème du cours. Demandez aux élèves d’émettre des hypothèses avant de révéler son importance. Ou encore, inversez les rôles : demandez aux élèves de préparer une question piège pour vous, l’enseignant. Le déséquilibre que vous créez réveille l’intérêt et relance l’analyse.

    3. Le retournement : faire des erreurs des leviers

    Voici peut-être le tour le plus puissant. Au lieu de corriger directement une erreur, vous la retournez pour en faire un objet d’étude : « Pourquoi cette réponse semble-t-elle logique ? Où se cache le piège ? »

    Mencacci illustre cette stratégie avec un exemple saisissant. Dans une classe de CP, face à une confusion entre « billes possédées » et « billes gagnées », l’enseignante repère qu’une élève, Marion, a compris. Plutôt que d’expliquer elle-même, elle fait le pari risqué de donner la parole à Marion… et se retire au fond de la classe.

    Marion raconte alors une « histoire » avec ses mots et ses gestes – les billes « de la maison » dans la poche gauche, les billes « gagnées à l’école » dans la poche droite. Le scénario analogique qu’elle crée dissipe immédiatement la confusion pour tous.

    Ce retrait stratégique, c’est kaïros et mètis en action simultanée : l’enseignante identifie le moment opportun (Marion a compris, les autres sont en recherche) et choisit le tour habile approprié (se dissimuler pour laisser l’initiative aux élèves). L’autorité pédagogique est momentanément déléguée, sous contrôle, à une élève qui devient tutrice de ses pairs.

    Mettre en relief les divergences : révolutionner nos mises en commun

    Ce point mérite qu’on s’y arrête, car il transforme radicalement notre façon de concevoir les mises en commun. L’enjeu n’est pas de valider rapidement la bonne réponse, mais de mettre délibérément en relief les divergences entre élèves pour créer le débat.

    Concrètement ? Quand vous circulez pendant le travail de groupe, repérez les désaccords intéressants, les raisonnements divergents, les erreurs fécondes. Puis, lors de la mise en commun, externalisez ces tensions : « Baptiste pense que… Marion n’est pas d’accord parce que… Qui peut nous aider à y voir clair ? »

    Cette stratégie suppose d’accepter que le conflit cognitif soit visible, verbalisé, parfois un peu inconfortable. Mais c’est précisément cette confrontation qui permet aux élèves de penser avec plus de nuances et de développer leur esprit critique.

    Changement de perspective : La mise en commun n’est plus un moment de validation (qui a juste ? qui a faux ?) mais un espace de débat structuré où les divergences deviennent le matériau même de l’apprentissage. Votre rôle ? Orchestrer ces confrontations avec kaïros (au bon moment) et mètis (de manière ingénieuse).

    Et dans votre classe, concrètement ?

    Commencez modestement. Lors de votre prochaine mise en commun :

    Observez : Avant d’intervenir, prenez cinq secondes pour capter les signaux (qui hésite ? qui trépigne d’impatience ? qui baisse les yeux ?).

    Cherchez les divergences : Plutôt que de noter qui a juste et qui a faux, repérez les raisonnements différents, même s’ils aboutissent à la même réponse.

    Expérimentez un retrait stratégique : Donnez la parole à un élève qui a compris et reculez physiquement – littéralement. Laissez-lui l’espace du tableau. Observez ce qui se passe.

    Jouez avec votre posture : Essayez le « Et si je me trompais… » pour inviter les élèves à vous contredire, ou le « Je ne comprends pas ton explication, peux-tu la refaire autrement ? » pour forcer l’explicitation.

    Notez vos « coups » : Tenez un journal de bord rapide après certains cours. Qu’est-ce qui a fonctionné ? Quel signal avez-vous capté ? Quel tour habile avez-vous utilisé ?


    Le kaïros et la mètis nous rappellent que faire coopérer des élèves ne se résume pas à les mettre ensemble et à espérer que « ça prenne ». C’est un art professionnel qui nécessite vigilance, discernement et ingéniosité. Entre le plan de séance rigide et l’improvisation totale, il y a cette zone d’expertise où se joue l’essentiel : transformer les interactions entre élèves en véritables leviers d’apprentissage, en conflits sociocognitifs féconds.

    Et vous, quels sont vos « tours habiles » pour faire émerger de véritables débats entre élèves ? Quels signaux vous indiquent le bon moment pour intervenir – ou vous retirer?

    1. https://www.researchgate.net/publication/342988110_Kairos_et_metis_des_savoirs_professionnels_ingenieux_pour_soutenir_la_construction_de_connaissances ↩︎
  • Le multiPack : la liberté pédagogique en clé USB

    Le multiPack : la liberté pédagogique en clé USB

    Une innovation qui simplifie la vie

    Multimaths vient de lancer le multiPack, une version autonome de ses meilleures applications mathématiques pour le Cycle 3 et le Cycle 4. Tout tient sur une clé USB, prêt à l’emploi.

    Pourquoi c’est malin ?

    • Zéro installation : Pas besoin de droits admin, pas de logiciel à installer.
    • Zéro contrainte : Fonctionne sur n’importe quel ordinateur.
    • Zéro perte de temps : Toutes les applications sont regroupées au même endroit.

    Pourquoi c’est extra pour vos élèves ?

    • Autonomie : Ils travaillent en binôme sur un même poste ou révisent à la maison.
    • Coopération : Les élèves échangent leurs fichiers, comparent leurs stratégies et s’entraident naturellement.

    À vous de jouer !

    • Téléchargez le multiPack ici.
    • Partagez vos retours avec Christophe Auclair ou dans les commentaires de ce blog.

    Un grand merci à Christophe Auclair pour cet outil qui rend le numérique accessible à tous !

  • Les IA sont-elles vraiment intelligentes ?

    Les IA sont-elles vraiment intelligentes ?

    Quand la polysémie du mot « monter » met ChatGPT en difficulté.


    Une séance de vocabulaire pour déconstruire les représentations

    « Une IA, c’est comme un robot qui peut faire plein de choses ! »
    « Moi, mon frère, il s’en sert pour ses devoirs, même, il peut tricher ! »

    Ces propos d’élèves de CM2 révèlent le mélange de fascination et d’incompréhension que suscitent les intelligences artificielles. À 10 ans, on imagine volontiers que ces outils « savent tout », qu’ils dépassent l’humain. Difficile d’envisager leurs limites.

    Mais que se passe-t-il si, plutôt que de leur expliquer théoriquement ce qu’est une IA, on les place dans une situation où ils peuvent la mettre à l’épreuve ? C’est ce que j’ai tenté avec une séance de vocabulaire particulière, transformant l’exploration de la polysémie en confrontation directe avec ChatGPT.

    Du vocabulaire à l’esprit critique : un détour pédagogique révélateur

    L’exercice proposé part d’un constat partagé par Catherine Tauveron : « Un mot ne prend son sens que dans un contexte : il faut bien souvent avoir compris le texte pour pouvoir expliquer le mot et non le contraire. » Cette réflexion sur la polysémie devient un levier inattendu pour interroger les performances de l’IA. Car si l’intelligence artificielle excelle dans le traitement de données massives, qu’en est-il face aux subtilités contextuelles du langage humain ?

    C’est précisément cette question que j’ai voulu soumettre à l’épreuve des faits avec mes élèves de CM2. Pour travailler cette idée, j’ai choisi le verbe « monter », simple en apparence, mais d’une richesse insoupçonnée.

    L’objectif annoncé : trouver le plus grand nombre possible de sens différents.

    « Monter » : un mot aux multiples visages

    La séance s’organise en trois temps :

    1. Une recherche individuelle : chaque élève note les usages du verbe « monter » qui lui viennent à l’esprit.
    2. Un travail en petits groupes : confrontation des trouvailles, enrichissement mutuel.
    3. Une mise en commun en classe entière : justification par synonymes (« monter une armoire » = assembler) et élimination des doublons.

    Pour stimuler les élèves, je leur confie un défi : « Les élèves de l’an dernier avaient trouvé 17 sens différents… serez-vous capables de faire mieux ? » Effet garanti : les regards s’allument, les groupes se lancent dans une véritable chasse au sens.

    Au terme de la discussion, la classe aboutit à… 21 emplois différents. Parmi eux :

    • « Le roi monte sur le trône »
    • « La moutarde me monte au nez »
    • « Le pompier monte une opération de sauvetage »
    • « Le spectateur monte le son de la télé »
    • « La boulangère monte une pièce montée »
    • « Le bijoutier monte une pierre précieuse »
    • « L’actrice monte sur scène »
    • « Le coureur monte en tête de la course »

    Un résultat impressionnant, qui dépasse largement les attentes initiales. Mais étaient-ils tous valides ? Plutôt que de trancher en tant qu’enseignant, j’ai choisi de transformer cette question en expérimentation collective. L’enjeu pédagogique véritable commence maintenant : soumettre cette liste à ChatGPT pour validation. L’occasion rêvée de confronter l’intelligence collective de la classe à la supposée supériorité de l’IA.

    Quand l’IA se trompe… et apprend des élèves

    Projeté sur le tableau, ChatGPT reçoit la liste des 21 phrases et une consigne précise : déterminer si chaque phrase illustre un sens nouveau du verbe « monter » ou seulement une variante déjà identifiée.1

    Première réponse : 13 sens distincts seulement. Déception visible chez les élèves. L’IA, pourtant « plus intelligente qu’eux », semble minimiser leur performance.

    Mais la discussion s’engage. Nous décidons d’écrire :

    « Quand tu dis que le roi monte sur le trône et l’alpiniste monte sur l’Everest relèvent du même sens, n’oublies-tu pas que dans le premier cas, il s’agit d’accéder au pouvoir ? »

    ChatGPT rectifie aussitôt : « Vous avez raison, c’est un sens métaphorique différent. »

    Première prise de conscience chez les élèves : « Mais alors, on peut le faire changer d’avis ! »

    De fil en aiguille, ils contestent d’autres assimilations rapides. Par exemple :
    – Monter une armoire (assemblage mécanique) vs monter une pièce montée (création culinaire artistique)
    – Monter sur scène (jouer) vs monter sur le podium (accéder au statut de gagnant)

    Chaque fois, l’IA admet son erreur… et affine sa réponse. Résultat final : 21 sens distincts validés. Les élèves jubilent : « On avait tout bon dès le début ! Et en plus, on lui a appris des choses !»

    Une double leçon pédagogique

    Cette séance a produit deux effets sur les élèves :

    1. Sur le vocabulaire : ils ont pris conscience que la langue est infiniment plus subtile qu’ils ne l’imaginaient. Derrière un verbe banal, se cache un éventail de sens qui rend la lecture plus complexe, mais aussi plus passionnante.
    2. Sur l’IA : ils ont découvert que l’intelligence artificielle n’est pas infaillible. Elle peut se tromper, se laisser piéger par une lecture trop littérale, et surtout… elle a besoin d’être guidée. En somme, elle excelle dans le traitement rapide d’informations explicites, mais peine face aux nuances contextuelles que les humains saisissent intuitivement. Elle peut devenir un outil intéressant à condition d’exercer un regard critique.

    Comme le rappelle Philippe Meirieu, la mission de l’école n’est pas de transmettre des savoirs « prêts-à-penser », mais d’apprendre aux élèves à « résister aux évidences ». Ici, la confrontation avec l’IA devient un prétexte pour aiguiser le doute, l’argumentation et l’esprit critique. Dans un monde où l’IA devient omniprésente, cette posture devient essentielle.

    Et vous, dans vos classes ?

    L’expérience se transpose aisément. Choisissez un mot courant, mais polysémique (« tirer », « porter », « tomber »…), explorez ses usages avec vos élèves, puis confrontez leur production à une IA. Analysez collectivement accords et désaccords.

    Vous le verrez : les enfants adorent « piéger » la machine et constater que leur intelligence collective rivalise avec la supposée toute-puissance de l’outil numérique.

    Cet exercice ouvre de multiples prolongements : éducation aux médias, découverte de la sémantique, réflexion sur « qu’est-ce qu’être intelligent ? ». Il questionne aussi nos pratiques : dans quelles autres situations pouvons-nous placer nos élèves en position d’expertise face aux outils numériques ?

    Conclusion – L’intelligence collective au cœur de l’école

    À travers cet exercice, les élèves de CM2 ont démontré que la compréhension du langage exige une sensibilité que l’IA n’a pas spontanément. Leur persévérance et leur capacité à argumenter leur ont permis de dépasser la machine.

    Le message final, ils l’ont formulé eux-mêmes : « ChatGPT sait beaucoup de choses, mais il n’est pas meilleur que nous. »

    Et c’est peut-être là la plus belle leçon : montrer que l’école reste le lieu où l’on apprend, ensemble, à penser, à douter et à construire du sens.

    Alors, et vous ? Oseriez-vous tenter l’expérience avec vos élèves ? Vous pourriez bien découvrir, comme moi, que face à l’intelligence artificielle, l’intelligence collective est imbattable. Non pas pour rejeter l’outil, mais pour mieux le comprendre et l’utiliser en connaissance de cause.


    📌 Pour aller plus loin
    J’ai reproduit cette expérience avec d’autres IA génératives (Claude, Mistral). Les résultats diffèrent d’un outil à l’autre : certains identifient spontanément plus de nuances, d’autres se montrent plus rigides dans leur catégorisation. Cette variabilité confirme que ces outils ne sont pas neutres et que leurs performances dépendent de leurs données d’entraînement et de leurs algorithmes. Un argument supplémentaire pour développer l’esprit critique de nos élèves


    1. Par souci de lisibilité, le prompt complet n’est pas reproduit ici. Il avait été optimisé pour la tâche en spécifiant le rôle (expert linguistique), la mission (analyse sémantique) et le contexte (travail avec des élèves de CM2).

      Voici le prompt utilisé pour le verbe « monter » :

      Tu es un expert en linguistique française et en sémantique. Dans le cadre d’un exercice pédagogique, nous explorons les multiples sens du verbe « monter ». Les élèves doivent identifier et illustrer les différents sens de ce verbe à travers des phrases variées. Par exemple, « Le soldat monte la garde » et « Le réalisateur monte son film » illustrent deux sens distincts.
      Ta mission est la suivante : je vais te fournir une série de phrases proposées par les élèves. Pour chaque phrase, tu devras déterminer si le sens du verbe « monter » est différent de ceux déjà identifiés. L’objectif est de compiler une liste exhaustive des sens distincts de « monter ». Par exemple, « L’élève monte les marches » et « Le marcheur monte la rue » utilisent le même sens, donc cela compte pour un seul sens. En revanche, ajouter « Le soldat monte la garde » et « Le réalisateur monte son film » porte le total à trois sens distincts.
      Si tu as besoin de clarifications supplémentaires ou d’exemples pour mieux comprendre la tâche, n’hésite pas à me poser des questions.
      . ↩︎

  • Quand un poème brise les représentations : faire vivre « Demain dès l’aube »

    Quand un poème brise les représentations : faire vivre « Demain dès l’aube »


    « À quoi sert un poème ? »

    Lancez cette question dans votre classe. Vous entendrez : « Pour apprendre par cœur », « Pour travailler la mémoire », « Pour réciter devant tout le monde ».

    Voilà. La poésie réduite à un exercice scolaire.

    Et si on transformait cette représentation figée en véritable découverte ? Et si nos élèves découvraient que derrière les vers se cache un besoin vital d’écrire pour continuer à vivre ?

    Entrer dans le poème autrement : la recréation de texte1

    Henri Bassis le formulait ainsi : « L’enfant doit se mettre dans la peau de l’écrivain. On est aux antipodes de la traditionnelle explication de texte où le sujet reste spectateur. »

    Pour que nos élèves s’approprient le sens profond de l’écriture poétique, ils doivent le vivre de l’intérieur. C’est exactement ce que permet la réécriture de « Demain dès l’aube ». Mais attention : avant de le nommer ou de l’expliquer, on le fait vivre.

    La démarche : du mystère à la révélation

    Objectif : Transformer les représentations sur la poésie en faisant découvrir sa fonction existentielle.

    • Phase 1 : Les représentations initiales

    Tout commence par une question ouverte : « Qu’est-ce qu’un poème et à quoi cela sert ? »

    J’écris toutes les réponses au tableau, sans jugement. Invariablement surgissent : « des rimes », « apprendre par cœur », « travailler la mémoire », « réciter ». Parfois : « Travailler la confiance, car il faut parler devant toute la classe ! » Je note tout. Ces représentations serviront de point de comparaison en fin de séance.

    • Phase 2 : Le défi de réécriture

    « Je vais vous lire deux fois un texte. Vous allez tenter de le réécrire intégralement. » Sans titre, évidemment. Je lis « Demain dès l’aube » lentement, en respectant le rythme des alexandrins.

    Les élèves griffonnent des notes. Certains se concentrent sur les images (« l’or du soir qui tombe »), d’autres sur la structure. Puis vient le travail de reconstruction : seul d’abord, par deux ensuite, puis par quatre.

    Les tensions créatrices émergent naturellement : « Non, c’est « sans rien voir AU-dehors ! « » , « Il a dit « le dos courbé » ou « le cœur brisé » ? ». Ces hésitations sont fécondes. Elles obligent à justifier, argumenter, revenir au sens.

    • Phase 3 : La quête du titre

    Quand les groupes de quatre ont avancé sur leur version, je lance : « Trouvez un titre. »

    C’est là que tout bascule. Les propositions fusent : « La mort », « Un homme qui a perdu sa femme », « La tristesse », « Le voyage ». Les débats s’intensifient autour d’un seul mot : « tombe« .

    Ce mot agit comme un révélateur. Il oblige à relire le poème différemment. Les trois strophes prennent un sens nouveau. Ce n’est plus une simple promenade champêtre, mais un chemin de deuil.

    • Phase 4 : Le contexte biographique

    Je leur donne alors cet indice :

    « Victor Hugo livre ici un de ses textes les plus touchants. Le début semble décrire un voyage vers un être cher. Mais les deux derniers vers révèlent tout le tragique : l’être cher est mort. »

    J’ajoute un prénom : Léopoldine. Morte le 4 septembre 1843. Poème écrit en 1856. Les élèves calculent : treize ans plus tard.

    « C’est sa femme ? » Non. « Sa sœur ? » Pas davantage. Qui alors ? Je leur raconte le drame de Villequier.

    • Phase 5 : Le récit du drame2

    Je lis lentement le récit de la noyade. Le canot qui chavire. Charles qui plonge six fois pour sauver Léopoldine. Les paysans sur la rive qui croient qu’il s’amuse. Sa dernière plongée, pour rester avec elle dans la mort.

    Silence dans la classe. Puis je précise : Léopoldine avait dix-neuf ans. Son mari vingt-six. L’oncle soixante-deux. Le cousin Arthur, onze ans.

    « Qui est Léopoldine pour Victor Hugo ? » Les élèves cherchent. « Léopoldine Hugo… » Quelqu’un finit par lancer : « Sa fille ! »

    • Phase 6 : L’amour paternel

    Je complète le tableau : Léopoldine, la fille aînée adorée. « Didine » pour son père. Une jeune femme belle, éprise de Charles Vacquerie. Victor Hugo qui trouve sa fille trop jeune pour se marier, puis qui finit par céder. Le mariage le 15 février 1843. Six mois plus tard, le drame.

    Et cette phrase terrible :

    « Victor Hugo apprendra la mort de sa fille par hasard, quatre jours plus tard, dans un journal. « On m’apporte de la bière et un journal, Le Siècle. J’ai lu. C’est ainsi que j’ai appris que la moitié de ma vie et de mon cœur était morte ». »

    • Phase 7 : Le retour aux représentations

    « Alors, pourquoi Victor Hugo a-t-il écrit ce poème ? »

    Les réponses changent radicalement. « Pour partager sa tristesse. » « Pour ne pas oublier sa fille. » « Pour continuer à vivre avec ce chagrin. » Certains ajoutent : « Écrire ça devait l’aider à aller mieux, même s’il n’oublierait jamais. »

    Je précise alors que Hugo a cessé toute activité littéraire pendant des années. Qu’il était devenu le fantôme de lui-même. Que Les Contemplations représentaient son retour à l’écriture, sa façon de transformer le deuil en œuvre universelle.

    « Je sais que tu m’attends » : cette phrase résonne désormais différemment pour eux.

    Ils comprennent que la poésie ne cherche pas à « faire joli » ; elle met en mots ce qui déborde la parole ordinaire.

    Cette bascule ouvre naturellement la discussion :

    • Pourquoi écrit-on ?
    • Peut-on dire la douleur ?
    • Partager l’émotion aide-t-il à traverser l’épreuve ?

    L’analyse devient existentielle.

    Du particulier à l’universel

    On conclut en revenant à la structure des Contemplations. « Demain dès l’aube » utilise bien le « je » le plus intime qui soit : un père qui parle à sa fille morte. Mais ce poème s’inscrit dans un recueil plus vaste.

    Hugo n’a pas écrit ces textes uniquement pour lui. Il les a destinés à tous les humains. Dans la préface, il écrit d’ailleurs : « Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. »

    Comme dans « À ma fille » qui ouvre le recueil, Hugo parle de ce qui nous concerne tous : la perte, l’amour, le passage de la vie à la mort, les grandes souffrances que nous traversons. Le « je » devient alors universel.

    Les élèves perçoivent que la poésie n’appartient pas au passé, qu’elle parle à chacun, aujourd’hui encore. Dans le vers « Je sais que tu m’attends », Hugo exprime cette idée que les morts ne nous quittent jamais vraiment — leur souvenir continue de vivre en nous.

    Ce que cette démarche transforme

    Pour les élèves : La poésie n’est plus un « truc à apprendre par cœur ». Elle devient un moyen d’expression essentiel, une façon de traverser l’épreuve, de partager ce qui ne peut se dire autrement.

    Pour l’enseignant : Plutôt que d’imposer cette compréhension, on crée les conditions pour qu’elle émerge. La réécriture oblige à habiter le texte de l’intérieur. Le dévoilement progressif du contexte biographique fait basculer le regard.

    Pour la classe : En débattant des titres possibles, en confrontant leurs versions, les élèves construisent collectivement le sens. En réécrivant, en argumentant, en découvrant peu à peu la figure de Léopoldine, ils vivent ce que Philippe Meirieu appelle le détour nécessaire par le sens : comprendre, c’est reconstruire, pas répéter.

    Concrètement, comment se lancer ?

    • Durée : Une bonne séance d’une heure (il n’est pas forcément nécessaire que les élèves réécrivent tout le texte)
    • Matériel : Le poème (sans titre), le récit du drame de Villequier
    • Posture : Accepter de lâcher le magistral. Observer les élèves débattre. Doser le dévoilement des informations biographiques
    • Le timing : Ne pas précipiter le récit du drame. C’est le moment-clé où tout bascule

    Et après ?

    Cette séance ouvre naturellement vers d’autres explorations. Vous pouvez lire des extraits de « Charles Vacquerie », où Hugo rend hommage à son gendre. Vous pouvez leur faire découvrir d’autres poèmes des Contemplations. Vous pouvez les inviter à écrire leur propre texte sur un moment où ils ont eu besoin d’écrire pour exprimer quelque chose d’important.

    L’essentiel est acquis : vos élèves ne regarderont plus jamais la poésie de la même façon.

    Et vous, dans votre classe ?

    Comment amenez-vous vos élèves à voir la poésie autrement ? Et si vous aussi, vous faisiez de la réécriture un outil pour donner voix aux émotions ?

    Apprendre, c’est coopérer avec les mots pour comprendre le monde.


    1. Retrouver cette activité également ici dans une séance mathématique :
      https://pedacooperation.wordpress.com/2025/08/08/poemes-maths/ ↩︎
    2. Vous pouvez retrouver ici le récit de ce drame : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9opoldine_Hugo ↩︎

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  • Et si coopérer avec l’auteur rendait la lecture vivante ?

    Et si coopérer avec l’auteur rendait la lecture vivante ?

    — David, je t’assure que j’ai lu !
    — Et donc de quoi ça parle ? 
    Ah ça, je ne sais pas…

    Combien de fois avons-nous entendu cela chez les élèves ? L’enfant a « lu », il a même relu plusieurs fois. Mais le texte reste une suite de mots sans vie, sans images, sans plaisir. Et si, pour renouer avec le plaisir de lire, il fallait inviter les élèves à coopérer avec l’auteur ?

    Lire, c’est transformer

    Rappelons-nous ce que lire signifie vraiment. Comme le souligne Roland Goigoux lire, c’est transformer des signes écrits en représentations mentales. Un véritable travail cognitif que de nombreux enfants court-circuitent sans même s’en rendre compte.

    Ils lisent les mots, mais ne construisent pas le film. Résultat ? L’ennui s’installe, la compréhension s’évapore, et le plaisir de lire reste une promesse lointaine.

    Pour cela, l’enseignant doit rendre visible ce travail invisible : montrer que comprendre, c’est coopérer mentalement avec le texte, le faire vivre dans sa tête.

    Une activité pour expérimenter cette coopération1

    Comment faire vivre cette coopération concrètement ? Voici une activité simple qui transforme la lecture en enquête collective.

    Le principe : Dévoiler un texte segment par segment et faire verbaliser les images mentales des enfants au fur et à mesure. Vous pouvez lire à voix haute ou, mieux encore, utiliser un diaporama qui dévoile progressivement les phrases.
    (disponible ici : https://tinyurl.com/4nftvwxt )

    Le texte mystère :

    1. Emma regardait les passagers qui montaient à bord…
    2. Jetant un coup d’œil
    3. Sur le rétroviseur,
    4. elle engagea le lourd véhicule sur le boulevard.

    Au segment 1, les hypothèses fusent :

    • « Emma est hôtesse de l’air ! »
    • « C’est une conductrice de taxi »
    • « Elle est sur un paquebot et regarde depuis le quai »

    Toutes ces images sont légitimes. À ce stade, le texte ne nous interdit rien. C’est le moment de valoriser cette créativité : chaque hypothèse donne vie au texte, enrichit la lecture collective.

    Au segment 3, coup de théâtre : « rétroviseur ». Les enfants réajustent spontanément. L’hôtesse de l’air et le paquebot s’évaporent. Le film mental évolue.

    Au segment 4, trois indices décisifs (« engagea », « lourd véhicule », « boulevard ») verrouillent l’interprétation : Emma conduit un bus ou un car. Les enfants expérimentent alors un principe fondamental de la lecture : construire des hypothèses provisoires et les ajuster en permanence.

    Faire vivre le texte

    Cette activité rend explicite une idée essentielle de la lecture :

    Le texte ne parle pas de lui-même, c’est le lecteur qui lui donne vie.

    L’enseignant joue ici un rôle de médiateur : il aide les élèves à confronter leurs images, à justifier, à écouter celles des autres.
    Le groupe devient un espace d’interprétation partagée.
    C’est là que la coopération prend tout son sens : coopérer entre lecteurs, mais aussi avec l’auteur, dont on tente de reconstituer les intentions.

    Enseigner la compréhension, c’est rendre visible les opérations mentales que le lecteur expert accomplit spontanément.
    Faire décrire, comparer, ajuster ses images mentales, c’est déjà apprendre à mieux lire.

    De l’expérience collective au plaisir individuel

    En faisant verbaliser leurs films mentaux, les enfants découvrent trois choses essentielles :

    1. Lire, c’est être actif. On ne reçoit pas passivement le sens, on le construit.
    2. Leurs hypothèses sont précieuses, même quand elles sont abandonnées ensuite. Elles maintiennent l’engagement cognitif.
    3. Le texte impose des limites : on ne peut pas imaginer n’importe quoi. Il faut coopérer avec l’auteur, respecter ses indices.

    Le fait d’entendre leurs camarades à voix haute multiplie les possibles et enrichit la palette d’interprétations. C’est tout le pouvoir de la verbalisation collective.

    Cette activité ne nécessite aucun matériel sophistiqué. Vous pouvez :

    • Poursuivre avec le second texte du diaporama joint
    • L’adapter lors de vos lectures offertes en faisant des pauses : « Stop ! Que voyez-vous dans votre tête maintenant ? »
    • Observer la réaction des enfants : la plupart vous réclameront rapidement d’autres textes-énigmes

    Le déclic arrive souvent quand vous concluez :
    « Ce que vous venez de vivre, c’est de la VRAIE lecture. Et vous pouvez le faire seuls quand vous ouvrez un roman. »

    Un bonus

    Pour ajouter une touche d’humour et montrer concrètement les conséquences d’un film mental figé, ces deux anciennes publicités de Canal+ fonctionnent à merveille :

    Rires garantis et compréhension renforcée !

    Alors, on essaie ?

    La prochaine fois qu’un élève vous dira « J’ai lu mais j’ai rien compris », vous saurez quoi répondre : « As-tu fait ton film mental ? As-tu coopéré avec l’auteur ? »

    Parce que le plaisir de lire ne vient pas d’une injonction. Il naît quand les enfants découvrent qu’ils ont le pouvoir de faire exister les histoires dans leur tête. Et ça, ça change tout.

    Et vous, dans votre classe, comment aidez-vous vos élèves à construire leurs images mentales ?

    1. Retrouver également cette activité dans le chapitre 3 de mon ouvrage « Coopérer pour comprendre » (Hachette Education)https://www.enseignants.hachette-education.com/livre/cooperer-pour-comprendre-francais-cm2-guide-ressources-ed-2024-9782017254652/ ↩︎